La perte auditive

 

L’audition est l’un des sens qui nous permet de connaitre notre environnement, pour nous diriger et nous y adapter. Même si l’être humain est un animal visuel avant tout.  Entendre permet de se situer soi-même dans l’espace, de reconnaitre les objets présents, et contribue à notre sécurité d’abord, et à remplir nos objectifs : survivre, transmettre des informations et les recevoir pour nous adapter à notre vie sociale.

 

La capacité d’entendre repose sur un organe bien caché : l’oreille, dont nous ne voyons que le pavillon et l’entrée du conduit. Tout le reste se situe dans l’os du crâne, dans des cavités remplies d’air pour certaines, de liquide salé pour d’autres.

 

Les capteurs auditifs eux-mêmes sont organisés comme une sorte de piano microscopique enroulé dans un tube rempli d’eau salée, qu’on appelle la cochlée. Chaque touche de piano peut être imaginée comme une anémone de mer, contenant des milliers de petites cellules sensorielles, et qui mesure mille fois moins d’un millimètre. Ceci permet de comprendre à que cet organe est fragile, sensible notamment aux changements de composition du liquide qui les baigne, et aux mouvements  induits dans le tube par les ondes composant les sons de notre environnement, qui font onduler ce piano comme des sortes de vagues.

 

Un son trop fort ébranle ces structures minuscules et les brise. Notre nature et la science d’aujourd’hui ne nous permettent pas de les remplacer. Ainsi, nous naissons, presque tous,  avec un « piano » tout neuf, et il s’use au cours de la vie, en fonction de ses conditions d’utilisation, et des maladies qui peuvent l’atteindre.

 

Au cours du temps la recherche médicale nous a permis :

 

  • D’en apprendre plus sur cet organe et ses fonctions
  • De savoir mesurer les capacités auditives et de comprendre l’origine des anomalies de fonctionnement, et celles que l’on sait soigner, par les médicaments, ou la chirurgie,
  • De restaurer certaines capacités auditives, grâce à des aides auditives qui amplifient les sons, et permettent le fonctionnement de zones de capteurs partiellement endommagées.

 

En 2018, le message de la JNA pourrait être triple :

 

  • Informer sur les possibilités d’évaluation des capacités auditives, quel que soit l’âge
  • Insister sur le rôle de l’audition comme facteur d’apprentissage, d’autonomie, et de socialisation
  • Prévenir les pertes auditives évitables par l’information sur les attitudes risquant d’endommager l’oreille.

 

LE DIAGNOSTIC DES PERTES AUDITIVES

 

Le diagnostic d’une perte auditive (ou surdité) est un processus comprenant un examen de l’oreille jusqu’au tympan par un spécialiste oto-rhino-laryngologiste, puis différents tests objectifs (automatiques) et subjectifs (avec participation du patient) renseignant sur les facultés d’audition et de compréhension des paroles.

 

Le but de l’examen est double :

 

Qualifier la perte : la comprendre, c’est pouvoir renseigner le patient sur les possibilités de réparation, médicale, chirurgicale, ou d’amplification sonore par des prothèses auditives. Quantifier la perte c’est confirmer sur chaque oreille si la surdité et légère, moyenne, sévère ou profonde, ce qui conditionne aussi les moyens et objectifs possibles de réparation.

 

L’examen est adapté à l’âge : on ne procède pas de la même façon chez les tout petits enfants, où le jeu est le moyen de faire participer aux tests subjectifs, et où les tests objectifs ont une place plus importante, car ce sont quelquefois les seuls réalisables.

 

A partir de 7 ans, le test de base est l’audiogramme tonal qui détermine le seuil de perception des sons de 125 Hz à 8000 Hz pour chaque oreille.

 

Il existe, depuis 50 ans un dépistage des surdités chez les enfants en âge d’apprentissage du langage parlé. Ils sont réalisés à 9 mois, 24 mois,  par le médecin de l’enfant, puis par les personnels soignants de PMI dans les écoles maternelles.

 

Depuis 2013, un dépistage supplémentaire a été décidé, et tous les nouveau-nés ont un test en maternité, pour savoir le plus tôt possible si toutes les capacités auditives nécessaires à l’acquisition du langage sont bien présentes.

 

LE SON TOXIQUE : ATTENTION LES DECIBELS

 

Notre oreille est fragile : les éléments qui la composent sont minuscules, et, dans l’oreille interne, les capteurs microscopiques répondant aux ondes sonores sont des cellules qui ne se renouvellent pas une fois détruites. Nous avons donc tous un stock de cellules sensorielles auditives réalisant une sorte de piano, et ce stock va s’épuiser avec le temps, en fonction de plusieurs facteurs :

 

  • des facteurs familiaux
  • des facteurs environnementaux, parmi lequel les sons forts sont les premiers à détruire les capteurs auditifs.

 

-la localisation des capteurs sur ce piano : les cellules sensorielles spécialisées pour les sons aigus étant plus proches de l’entrée des sons dans cet organe, elles sont frappées en premier par les sons trop forts. Si elles sont détruites, on peut souffrir de plusieurs phénomènes : une perte de l’audition pour les sons aigus, et dans les atmosphères bruyantes, des sifflements d’oreille (acouphènes), ou des douleurs aux sons, même peu intenses (hyperacousie).

 

Dans une atmosphère trop bruyante, quand l’écoute est douloureuse il est important de connaitre les notions suivantes : s’éloigner de la source sonore permet de diminuer l’intensité sonore de façon exponentielle par rapport à la distance. La destruction des cellules sensorielles dépend aussi du temps passé à une intensité donnée, à partir de 90 dB.

 

Réduire le temps passé dans une ambiance très bruyante, (en faisant des pauses par exemple) permet de réduire le risque. Enfin, l’alcool étant un autre toxique pour l’oreille, l’alcoolémie est le dernier facteur à prendre en compte et à maitriser pour se préserver.

 

 

LA PRESBYACOUSIE : RESTER EN RELATION

 

Avec le temps, et en même temps que d’autres systèmes sensoriels, les cellules sensorielles de notre oreille interne meurent, et ne sont pas remplacées. Ce processus commence dans le secteur de capteurs liés à l’écoute des sons aigus. L’âge de son début, et son évolution dépendent de facteurs familiaux, et de notre environnement, notamment l’exposition aux bruits forts par la profession, ou les loisirs. Cela produit progressivement une difficulté à comprendre les conversations, notamment dans les atmosphères bruyantes, et peut s’accompagner d’acouphènes sifflants perturbant aussi l’écoute, et d’intolérance plus marquée aux sons forts.

 

Ce phénomène se détecte grâce à un audiogramme tonal et vocal, qui précise l’atteinte des différentes fréquences, le niveau de compréhension des paroles, des causes associés de perte auditive. Ce qui permet de prescrire un essai de prothèses auditives.

 

Cet essai est une démarche gratuite en France, ce qui est une chance pour permettre de tester les prothèses dans la vie quotidienne avant de les acheter définitivement. La démarche d’appareillage n’est jamais urgente, mais il ne faut pas attendre une surdité trop importante pour l’effectuer : le cerveau privé d’informations auditives se réorganise, et le bénéfice du port d’une prothèse se réduit avec le temps. L’avancée de l’âge limite aussi les capacités d’apprentissage, nécessaire au maniement et à l’adaptation aux prothèses. De plus, la perte auditive limite progressivement les relations à l’entourage. Il est aussi recommandé d’équiper les deux cotés dès que possible pour obtenir une meilleure stéréophonie, donc un meilleur bénéfice global.

Docteur Claire MÉDARD

 


 

 

La prévention du cancer colorectal

 

Le cancer est une maladie décrite depuis l'antiquité. C'est le médecin grec Hippocrate qui, en comparant les tumeurs à un crabe, leur a donné pour la première fois le nom grec de « karkinos ». La comparaison est justifiée par l'aspect de certaines tumeurs, dont les prolongements rappellent les pattes de l'animal.

 

Sur le plan biologique, le cancer résulte de la survenue d'un dysfonctionnement au niveau de certaines cellules de l'organisme. Celles-ci se mettent à se multiplier de manière anarchique d'abord localement, puis dans le tissu avoisinant, puis à distance où elles forment des métastases

 

Longtemps, le cancer a été une maladie incurable. Aujourd'hui, grâce aux progrès de la médecine et à la prévention, nombre de cancers sont guéris.

 

Le cancer colorectal est le 3e cancer le plus fréquent chez l’homme (après la prostate, le poumon) et le 2e chez la femme (après le sein). Il touche chaque année en France : 23 000 hommes et 19 000 femmes. Il est la 2e cause de mortalité par cancer en France et la 1re après l’âge de 85 ans. Environ 17 000 décès annuels lui sont imputables (près de 11 % des décès par cancer). Il touche des personnes de plus de 50 ans dans 95 % des cas, avec un âge moyen au moment du diagnostic de 70 ans chez les hommes et de 73 ans chez les femmes.

 

C’est un cancer de bon pronostic lorsqu’il est découvert à un stade précoce : la survie relative à 5 ans est :

 

  • de 91 % pour les stades localisés,
  • de 70 % pour les stades avec envahissement locorégional,
  • de 11 % dans les situations métastatiques qui représentent en moyenne 25 % des patients au moment du diagnostic.

 

Le taux de mortalité par cancer colorectal a diminué ces 20 dernières années, grâce aux progrès réalisés en matière de dépistage, de prise en charge (précocité du diagnostic et amélioration des modalités thérapeutiques).

 

Ce cancer doit être évoqué devant des rectorragies (émission du sang par l’anus), un changement du transit digestif, une anémie, des symptômes digestifs inhabituels, des douleurs abdominales….

 

Il se développe à partir d’un polype adénomateux (60 à 80 % des cas) ou plus rarement sous une forme plane, plus difficile à détecter. La prévalence des adénomes est :

 

  • 7 % entre 45 et 49 ans
  • 15 % entre 50 et 59 ans
  • 20 % entre 60 et 69 ans

 

On estime une période de 10 ans entre la naissance du polype et sa transformation en cancer.

 

Facteurs de risque du cancer colorectal :

 

A) La consommation excessive de viande rouge, de charcuteries, de boissons alcoolisées, le tabagisme, la sédentarité (le risque de survenue d’un cancer colorectal est réduit de 50 % chez les personnes exerçant une forte activité physique et augmentation de 33 % du risque de cancer colorectal chez la personne obèse (IMC > 30).

 

Donc, on recommande de :

  • limiter la consommation de viande rouge à moins de 500 g par semaine,
  • limiter les charcuteries,
  • consommer au moins 5 fruits et légumes par jour, soit 400 g,
  • privilégier les aliments complets qui sont riches en fibres (riz, pâtes, céréales…),
  • limiter les boissons alcoolisées,
  • stopper le tabagisme,
  • préférer les aliments à faible densité énergétique, comme les fruits et les légumes, aux aliments trop riches en graisses, en sucre et/ou en sel,
  • pratiquer une activité physique régulière, c’est-à-dire au moins 30 minutes d’activité physique d’intensité modérée à élevée, comme de la marche rapide, course à pied…
  • surveiller son poids de façon régulière : une fois par mois.

 

B) Prédisposition familiale

 

1) Les sujets à risque élevé de cancer colorectal (15 % des cas) :

 

On considère que certaines personnes présentent un risque de cancer colorectal plus élevé que la moyenne en raison d'antécédents personnels ou familiaux :

 

  • patients ayant un antécédent personnel de cancer colorectal ou de polype du colon,
  • patients dont un parent au premier degré (père, mère, frère, soeur, enfant) a été atteint d'un cancer colorectal ou de polype du colon,
  • patients atteints d'une maladie inflammatoire chronique de l'intestin depuis plus de 20 ans : recto colite ulcéro hémorragique, maladie de Crohn.

 

La coloscopie de dépistage est indiquée :

  • tous les 3 ans à partir de 10 ans d’évolution,
  • tous les 2 ans à partir de 20 ans d’évolution,
  • tous les ans à partir de 30 ans d’évolution.

 

4) Femmes traitées pour cancer de l’ovaire ou de l’utérus (risque x 2 par rapport aux femmes de la population générale).

 

Chez ces personnes, le dépistage est exclusivement par coloscopie.

 

2) Les patients à risque très élevé de cancer colorectal (5 % des cas) :

 

Certaines altérations génétiques constitutionnelles peuvent favoriser la survenue d'un cancer. Elles exposent donc les personnes qui en sont porteuses à un risque considéré comme « très élevé » de développer un cancer, colorectal par exemple. C'est particulièrement le cas au sein de familles touchées par :

 

  • une polypose adénomateuse familiale (PAF) 1% : pathologie à transmission autosomique dominante, caractérisée par la présence de nombreux polypes (plus de 15 polypes synchrones ou métachrones) dans le tube digestif et par mutations des gènes sur le bras long du chromosome 5. Environs 300 mutations sont identifiées. Les 2 plus fréquentes est celle du gêne suppresseur des tumeurs APC ou MYH gêne de la protéine de contrôle de la réparation des erreurs génétiques,
  • le syndrome de Lynch ou syndrome HNPCC : 3 à 4 %. C’est une maladie héréditaire autosomique dominante non polyposique liée à des mutations des gènes MMR (Mis Match Repair) qui contrôlent la réparation des erreurs dans les microsatellites, au cours de la multiplication de l’ADN. Les gênes MMR produisent les protéines de réparation des erreurs gnétiques: MLH1 MSH2 MSH6 PMS2. Certains cancers s’y apparentent : cancer de l’utérus, de l’intestin grêle de l’uretère et du rein.

 

Quelques critères peuvent évoquer de telles prédispositions génétiques :

 

  • Survenue du cancer avant 50 ans voire avant 60 ans,
  • plusieurs cas de cancers colorectaux dans la même branche familiale, quel que soit l'âge des patients au moment du diagnostic,
  • la présence de cancers multiples du côlon, apparus en même temps ou de façon différée et qui ne sont ni des rechutes, ni des métastases.

 

Le dépistage se fait exclusivement par coloscopie qui sera suivie par une consultation génétique. La consultation génétique s'adresse aux personnes, malades ou non, dont les antécédents médicaux, personnels et/ou familiaux sont évocateurs d'une forme héréditaire de cancer. Dans la mesure du possible, la première consultation concerne plus particulièrement le patient ayant développé un cancer. Elle consiste à recueillir les informations médicales du patient, à reconstituer son histoire personnelle et familiale, à construire l'arbre généalogique de la famille puis, au regard de l'ensemble de ces informations, à évaluer le risque potentiel de cancer dans la famille.

 

C) les patients à risque moyen de cancer colorectal (80 % des cas)

 

C’est la population générale. Dans cette situation, le dépistage se fera par le test de dépistage du sang dans la selle.

 

Toute personne âgée de 50 à 74 ans, sans histoire personnelle ou familiale de maladie digestive (polype ou cancer colorectal) et ne présentant pas de symptôme évocateur est considérée comme « à risque moyen ». Elle est éligible au programme de dépistage organisé du cancer colorectal par le nouveau test immunologique OC Sensor ®, disponible depuis septembre 2015. Ce nouveau test repose sur la détection de la présence d'hémoglobine humaine dans les selles grâce à l'utilisation d'anticorps. Il est plus performant que le précédent Hémoccult, plus fiable et plus facile à réaliser : Un seul prélèvement est suffisant. Il devrait ainsi permettre d'augmenter la participation au programme de dépistage.

 

IL EST REMIS AUX PERSONNES DE 50 à 74 ANS, IL EST DISPONIBLE AUPRES DES MEDECINS GENERALISTES.

 

Quand le résultat est positif, il sera complété par une coloscopie.

 

Quand il est négatif, il sera répété tous les 2 ans. Malgré un test négatif, l’apparition de signes d’alertes incite à une consultation auprès d’un spécialiste : 

 

  • la présence de sang rouge ou noir dans les selles (rectorragies),
  • des douleurs abdominales persistantes et d'apparition récente,
  • des troubles du transit persistants et d'apparition récente : diarrhée, constipation ou une alternance de ces états,
  • un amaigrissement inexpliqué.

 

Internet : Inca à comprendre prévenir dépister à se faire dépister à dépistage du cancer colorectal à le test immunologvique en image.

 

Remarque : La vidéocapsule et le Coloscanner: permettent de voir la présence ou non de polype sans pouvoir l’enlever. L’existence d’un polype impose la réalisation d’une coloscopie.

 

 

Docteur T. RAHME, Gastro-Entérologue, Proctologue

 


 

Le TDHA

 

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Isabelle Ducos-Filippi, Professeure de Lettres Classiques, Chargée de mission TSLA ASH